Les lecteurs assidus se souviendront de l’épisode de la cuite a Winamyeh (les autres peuvent consulter les archives), première relation que je fis d’une spécificité de la culture karen, peuple accueillant entre tous comme vous avez pu vous en rendre compte.
Bien qu’ils admettent franchement faire appel aux vertus fraternelles du partage en état d’ébriété, sachez que l’hospitalité des karens ne s’arrête pas aux rites d’initiation éthylique. Toujours prêts a recevoir des invites, on prendra rarement un karen en défaut.
Quand bien même il ne serait pas parvenu a vous avoir a sa table avant son voisin, qu’a cela ne tienne, vous en serez quitte pour un second (ou deuxième) repas chez lui, une fois le premier termine (certains jours de fêtes, le père Alain Bourdery, missionnaire auprès des karens, mangerait jusqu’a cinq repas…).
Quelques informations sérieuses tout de même: les karens viennent de Birmanie, vivent entre la Thailande et le Myanmar et constituent près de la moitie de la population des tribus montagnardes. Ils sont monogames, animistes, chrétiens ou bouddhistes, arborent fièrement d’épaisses tuniques a col en V de couleurs variées (blanches pour les femmes célibataires), et vivent pour la plupart de la culture du riz.
Je ne parlerai pas de la situation des karens au Myanmar, car je ne la connais pas assez bien, mais sachez que les camps de réfugiés qui bordent la frontière thai-birmane ont été érigés pour eux, lorsque pourchasses par l’armée, ils durent fuir le pays dans les années 80.
Il existe deux alphabets karens, le roman (latin) et le birman. Tous deux ont été créé au siècle dernier afin de mettre a l’écrit une langue qui ne s’exprimait jusque la qu’oralement.
Le chant, qu’accompagnent aujourd’hui des guitares folks, a permis a une certaine littérature de se maintenir vivante alors que je vous défie de jamais voir un karen danser. Il parait que c’est comme voir la neige tomber sur la Thailande (ce que souhaitent d’ailleurs énormément de thais).
Je terminerai par une note romanesque.
Les karens vivent en groupes relativement restreints et leur nombre n’excède pas la quantité de bouches que pourra nourrir la récolte a venir. Ainsi, il est essentiel que règne une entente cordiale entre les habitants d’un même village.
Pour régler les problèmes que ne peut manquer d’apporter la vie en communauté, le chef du village s’appuie sur un conseil des sages pour décider du sort des villageois pris en défaut. Et jusqu’il y a peu de temps encore, chaque village avait son tueur, charge de régler son compte au membre déviant pour le bien du plus grand nombre…